Prisca M de Black Attitude Magazine : interview

mardi, 2 février, 2016 0

Bonjour !

Comme je vous l’avait dit hier je m’étais mise en tête de faire une interview de quelqu’un d’autre. C’est une pratique courante sur d’autres blogs mais sur le mien c’est une première ! J’avais envie de faire parler quelqu’un à propos d’une expérience, d’un projet ou d’un style de vie unique qui a changé sa vie, et qui était relié de près ou de loin à l’Afrique. C’est lors de mes recherches sur le web à propos de l’Afrique contemporaine que je suis tombée sur Black Attitude Magazine. J’ai tout de suite accroché en lisant leurs nombreux articles en ligne et leur numéro zéro disponible au téléchargement. De la mode, du style, des interviews, Black Attitude brossait le portrait d’une assemblée hétéroclite de talents diverses tous porteurs de la Black Attitude. Génial, j’ai pensé, enfin un magazine qui traite de la culture noire d’une manière contemporaine et décalé ! J’avais tort et raison à la fois, et Prisca, la géniale co-fondatrice du magazine a eu la gentillesse de m’apporter toutes ses réponses et ses visions quant au sujet qui m’intéressait.

On s’est rencontré un dimanche de janvier à la Brasserie Barbès (super cool cet endroit d’ailleurs) et comme je n’avais jamais fait d’interview, j’ai vite oublié mes questions préparées en avance et la conversation est allée d’une manière très naturelle, tant on s’est super bien entendue toutes les deux ! J’ai eu du mal à vous retranscrire ça d’une manière construite et cohérente haha ! En tout cas, j’ai été vraiment très contente du résultat de cette entrevue et je suis sûre que Prisca et moi ne manquerons pas de faire une collab ensemble si l’opportunité s’offrait à nous, à suivre !

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Bonjour Prisca ! Comment ça va ?

Très bien et toi ?

Super ! Pourrais-tu d’abord te présenter ?

Alors je m’appelle Prisca Munkeni Monnier j’ai 34 ans et je suis congolaise d’origine, mais j’ai vécu dix ans en Afrique du Sud. J’y est fait des études de graphisme car je voulais bosser autour de l’art et j’ai monté ma boîte là-bas. Mais bon, au final le truc devenait plus business que artistique et puis je suis tombée amoureuse et je me suis mariée en France. Du coup j’y est vu l’occasion d’un nouveau départ, je me suis installée ici et je suis devenue photographe.

Ah oui, d’un coup ?

Non en fait j’avais déjà commencé à faire quelques expos là-bas et ça avait plutôt bien marché donc je me suis dit pourquoi pas faire le truc sérieusement. En arrivant ici je ne savais pas trop comment m’y prendre mais j’ai fait la rencontre de Fred Boyer, l’organisateur de Miss Black France (concours de beauté noire) qui m’a joint au projet et qui a fait énormément le buzz. Ça a pas mal fait polémique d’ailleurs mais moi j’étais contente car j’avais foutu la merde haha ! J’avais fait toute la com’ visuelle, logo, site internet et les photos aussi. Et après cela, ayant trouvé compliqué de faire venir la presse à ce genre d’évènement il m’a proposé de créer un magazine autour de la culture noire.

Ça a donc commencé ainsi ?

Oui mais moi je me suis sentie très mal à l’aise car je ne savais pas ce que ça voulait dire être noire ou ne pas l’être. J’ai dit « ok, mais on le fait à ma sauce ». Ça m’emmerdait d’être enfermée dans une case, je voulais brasser plusieurs trucs en même temps, pas faire que black. Il m’a dit ok et j’ai commencé par modifier le nom qui au début était Miss Black Magazine, pour faire suite à Miss Black France, et j’ai préféré Black Attitude pour élargir le truc. Pour moi, le noir c’est un état d’esprit pas seulement une couleur de peau. J’ai rencontré plein de gens inspirés par pleins de trucs différents, on peut jouer énormément avec le noir, autour du côté obscur, autour de l’humour noir et autre. Ça m’inspirait énormément !

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D’accord, donc en fait, l’état d’esprit de base c’est vraiment un magazine sur la culture noire, bien au delà de la couleur de peau ?

Oui exactement ! Au début ça a commencé par un blog et puis rapidement je me suis posée plein de questions autour de l’identité noire en France, d’autres personnes commençaient aussi à m’en poser, et c’est là que je me suis rendue compte qu’il y avait peut-être quelque chose à creuser, à revendiquer aussi.

Tu étais seule au début ?

Oui jusqu’à ce que je fasse la rencontre de ma super partenaire Catia Mota Da Cruz. Elle m’a vraiment fait ouvrir les yeux sur plusieurs choses, notamment le malaise que pouvait provoquer en France cette idée de culture noire qui ne soit pas communautaire. Ensemble, on a réussi à faire quelque chose d’assez équilibré sans tomber dans la revendication politique ou quoi, à partir de l’art et avec une touche légère et décalée.

Vous avez donc fini par faire un numéro papier ?

Et oui ! On commençait à se sentir enfermées par le web et le côté viral et instantané. On avait envie d’inscrire le truc quelque part, de lui donner une autre dimension. C’est tout de suite devenue beaucoup plus sérieux. Moi, en tant qu’ancienne graphiste j’avais très envie de papier et je sentais que pour marquer le projet auprès des gens, il allait nous falloir quelque chose de palpable, de réel. On a trouvé de l’argent à gauche à droite sans trop savoir dans quoi on partait, on avait super peur ! Je savais que c’était compliqué et très compétitif.

Surtout à Paris !

Oui surtout à Paris ! À Johannesburg, tu es dans un cercle très petit et tu connais facilement tout le monde, à Paris il est aussi très petit mais c’est très difficile d’y rentrer. On ne voulait pas faire un truc que mode, ni que art, on voulait un truc vraiment nouveau. On a élaboré la maquette, on a fait des photoshoots, des interviews, pendant six mois on s’est vraiment éclaté et on a sorti le numéro en janvier un peu en speed. On était hyper contentes du rendu imprimé mais on ne savait pas du tout par où le faire distribuer. De toute façon il n’était pas censé être vendu donc on l’a distribué à droite à gauche et on a eu des super retours ! On a vraiment eu envie de recommencer.

Donc j’imagine qu’un nouveau numéro est en préparation ?

Oui ce sera le numéro 1, le tout premier à être vraiment dans les règles de l’art. On va essayer de le distribuer à l’international et d’avoir une partie en anglais, enfin, un gros truc quoi. On espère qu’il sortira en mai ou juin. Ça nous a énormément fait grandir, on s’est vraiment trouvé dans nos rôles de directrice artistique et rédactrice en chef.

Tu es donc à la fois rédactrice en chef et photographe en ce moment. 

En effet j’expose un peu en tant que photographe d’art mais tout est lié de toute façon. Dans le magazine je fais vraiment tout, des photos aux textes en passant par la maquette ! C’est une superbe aventure, on ne sait pas du tout où on va, mais on y va !

Tu situerai le magazine dans quelle catégorie  ?

Je dirais mode et art principalement, mais un peu sociétal aussi. On aime bien faire de beaux shootings élaborés mais tout passe à travers les interviews de gens, les portraits c’est vraiment notre ligne. On parle de rock, de punk, d’artistes du noir, de côté dark, de couleur sombre. Tous les africains n’ont pas la Black Attitude et au contraire on a rencontré pleins de mecs blancs comme des fesses qui portaient vraiment le truc en eux ! Il y a énormément de personne qui ne rentrent pas dans des cases et on a eu envie de parler d’eux.

Quels sont tes autres projets en ce moment ?

Dans une semaine on part avec Catia au Congo pour deux semaines dans le but de faire des séries photos et d’autres choses, on ne sait pas encore ce que l’on va trouver. On va s’installer dans le village de mon père qui est un endroit vraiment reculé et on va essayer de prendre de belles images. Quand tu tapes « femmes africaines » sur internet tu tombes toujours sur des images de souffrance ou des vieux trucs sur le colonialisme. Personne ne connaît la culture de là-bas. J’ai essayé de m’en éloigner jeune mais j’y reviens peu à peu car il y a plein de choses à apprendre et toute cette culture est en danger, car personne n’y prête attention. J’ai peur que cela devienne comme l’Afrique du Sud où l’histoire se résume à l’Apartheid et où l’on ne sait plus qu’est-ce qui est réellement culturel et qu’est-ce qui ne l’est pas. J’ai donc envie de faire quelque chose de moderne et léger, pas du tout plaintif.

C’est vrai que l’Afrique est très peu médiatisé concernant l’art.

Oui absolument, ce que j’ai aimé avec l’expo Beauté Congo c’est que l’on nous montrait des artistes absolument inconnus qui produisaient des œuvres non pas dans le but de plaire aux blancs comme dans le passé mais vraiment dans l’affirmation de leur propre art. Ces artistes montrent que même si la colonisation est passée par là, il existe une réelle volonté de faire des choses modernes en phase avec le temps et non de retourner à un style de vie ancien. Les gens commencent peu à peu à être fiers de leur propre art et ne le rabaissent plus comme avant, les études artistiques sont un peu plus acceptées aussi. Il y a de plus en plus d’expo à Kinshasa et ailleurs, c’est génial que cela évolue ainsi ! C’est aussi pour cela que j’y retourne bientôt, pour partir à la rencontre de toutes ses personnes qui ont un truc à prouver,  qui ont la Black Attitude quoi !

Merci beaucoup Prisca, tu me tiens au courant de tout cela !

Pas de problème haha !

 

Le site perso de Prisca : http://furiephotographe.com/

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