Réflexion du mois : la mode responsable

samedi, 24 septembre, 2016 0

Bonjour !

Alors aujourd’hui j’inaugure une nouvelle rubrique du blog que je vous ai promis dans mon article ici. Comme indiqué dans cet édito, j’essaye de faire évoluer le blog vers un média produisant des contenus de manière mensuelle, un peu comme un magazine, avec la série look du mois, la sélection shopping du mois, le dossier culturel du mois, la réflexion du mois… Tout en continuant bien sûr à vous présenter mes trouvailles de la semaine chaque dimanche et d’autres articles un plus ponctuel mode, culture et lifestyle, quand le moment se présente.

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Alors voici la toute première réflexion de septembre, à propos de la mode responsable. J’avais déjà évoqué le sujet lors de mon événement Pain Perdu autour de la mode responsable (si vous voulez en savoir un peu plus sur cette association que j’ai monté, c’est par ici). J’avais convié à notre table ronde les adorables Laura et Anaïs du label de marques responsables Ethipop et de sa propre marque « Les Récupérables », ainsi que Zite, créatrice des patch Habit Cactus. On avait évoqué ensemble pas mal de choses comme notamment le rapport à l’environnement et cela avait déjà commencé à me titiller. Puis c’est la semaine dernière lors d’une table ronde organisée par Ethipop justement, que je me suis vraiment remise dans le bain et que j’ai eu envie de me questionner.

Les grandes marques tels que Zara, H&M, Mango ou autres, on le sait tous, font fabriquer leurs vêtements dans des conditions douteuses et pour certaines catastrophiques, en Asie.

On sait également qu’il faut énormément d’eau pour fabriquer des vêtements en coton, 11000 litres exactement pour un jean. Certains traitements comme la teinture, le délavement ou encore l’impression de motifs utilisent des produits chimiques extrêmement nocifs pour la santé (un rapport de Greenpeace est disponible ici).

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(crédit photo : Cécile Tréal et Jean-Michel Ruiz)

Je pense que je n’apprends rien à personne en énonçant ces faits. Et pourtant la question que je me suis posée en sortant de cette très intéressante table-ronde était  » pourquoi continuons-nous consciemment d’acheter auprès de ces marques  ? ». Sakina M’Sa, créatrice du concept-store éthique Front de Mode disait « en nourriture on parle de malbouffe, et bien en mode on peut tout à fait parler de malfringue« . Et je trouve qu’elle a tout à fait raison. Seulement, l’idée de manger sainement a depuis tracé son bout de chemin et fait place à de nettes améliorations, mais la mode elle, reste dominée dans nos esprits par les grandes enseignes.

J’ai d’abord réfléchi au pourquoi avant le comment, c’est à dire pourquoi sommes nous habitués à consciemment nous tourner vers des marques aux conditions de fabrications humaines et environnementales désastreuses ? La cause responsable de cette habitude de consommation est bien malheureusement l’industrie de la mode elle-même. À toujours chercher à se renouveler au rythme incessant des collections, le marketing de ces marques nous poussent sans-cesse à la consommation, accentué par internet et plus particulièrement par les réseaux sociaux, et la presse il faut le dire. On change de mode sans arrêt et même si on ne se rend pas compte, nos goûts et nos envies évoluent aussi au fil du temps.

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(crédit photo : Sandra Semburg)

Qui aimait retrousser son pantalon, les cols roulés ou les chaussettes hautes il y a dix ans ? On à soudainement envie d’un nouveau vêtement sans se questionner pourquoi on aime cette coupe ou ce motif alors qu’avant, on ne l’appréciait pas forcément. C’est l’effet de la mode, tout simplement ! Attention, je ne dis pas qu’il faudrait figer les tendances dans des catégories do et don’t à vie, loin de moi cette idée ! La mode se renouvelle et c’est tant mieux, car c’est là que la créativité des designers s’expriment et peuvent même faire de mini-révolution (la mini jupe de Mary Quant dans les années 60 !).

Là où je veux en venir, c’est que la mode change, nos goûts changent et tous ces facteurs nous poussent sans cesse à acheter de nouveaux produits, pour être à jour avec soi-même, même sans être un bourreau de la mode.

Seulement voilà, à force de toujours renouveler sa garde-robe, on ne se rend même plus compte de la quantité de fringue que l’on consomme à l’année qui pourtant peut être assimilé à une sur-consommation d’électricité, d’eau ou encore de papier. Oui oui, on parle bien de surconsommation, et comme ce terme le sous-entend, l’environnement en prend forcément un coup.

Évidement, la remise en question devrait être faite par les grosses industries eux-mêmes, mais pour des raisons que l’on imagine économiques, les changements se font extrêmement lentement. Mais si comme moi vous pensez que notre époque n’est peut-être pas parfaite, mais qu’elle laisse tout de même apercevoir de belles perspectives, et que chacun peut-être maître de son mode de vie et de ses engagements, alors j’ai préparé pour vous un petit dossier sur le comment, comment faire pour changer peu à peu ses habitudes et prendre du recul par rapport à la pression du marketing de mode.

Quelles solutions peut-on trouver à son échelle ? C’est à dire dans mon cas quand on est étudiante à Paris, avec le budget qui va avec, c’est à dire pas beaucoup de place pour le shopping ?

 

 

1/ La seconde main

Un des premiers segments de la mode responsable, et qui est l’apanage des étudiants est bien entendu le vintage, la fripe, le seconde main. Non seulement cela permet de donner une seconde vie à un vêtement usagé (les trois quarts des textiles jetés ne sont pas recyclés) et également de remplir son armoire pour deux fois moins cher que les prix des boutiques tradi.
Il y a énormément de boutiques vintage à Paris et dans les grandes villes, et même si parfois les prix sont franchement abusés, il y a quand même de très belles choses à dénicher. Que ce soit dans les Emmaüs, les Gerissol ou les Episodes pour les grandes chaînes où on retrouve des fripes à 5€, ou bien les friperies de luxe comme La Frange à l’envers ou la Bonne Pioche pour dénicher du Céline au quart du prix, la fripe peut faire le bonheur de tous, quel que soit le style ou le budget.

Dans un second temps, maintenant que l’on a trouvé sa veste d’hiver à dix euros dans une fripe du marais, on peut également se débarrasser de toutes les fripes que l’on ne veut plus, que ce soit par don, avec Le Relais par exemple, ou bien en les vendant lors de vide-dressing comme Violette Sauvage, ou encore sur internet. On connaît tous le superbe site Vestiaire Collective pour trouver des marques à la moitié de leur prix, mais il existe également des petites perles plus modestes, dont la chouette NewsLetter Idécologie a parlé cette semaine, (disponible ici).

Une fois cela fait, on peut maintenant s’intéresser aux marques qui ont fait du recyclage leur marque de fabrique, c’est à dire que ces marques utilisent des vêtements usagés pour en fabriquer d’autres, pour faire du neuf avec du vieux.

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(issu du site Andrea Crews)

On peut citer la plus couture, Andrea Crews, ou bien la jeune marque « Les Récupérables » que j’ai cité plus haut, ou encore les sacs Eli Grita, fabriqué avec des chutes de cuir. Ces marques font un réel boulot de sélection, de coupe et de couture tout en assurant un style pointu.

Enfin, en posant la question du style, on peut bien sûr ne pas trouver son bonheur parmi le vintage et rechercher une coupe ou un effet précis, qui n’est pas encore arrivé dans les bacs des fripes. Dans ce cas, une des solutions les plus faciles est le DIY. Pour peu que vous soyez un tout petit peu habile de vos dix doigts on peut transformer des vêtements du tout au tout avec un peu de tissu et de fil. Vous voulez un jean frangé ? Taper sur google « DIY jean frangé » et vous trouverez un million de DIY qui vous transforme votre jean en dix minutes chrono. Il y a énormément de sites de DIY spécialement dédiés à la mode, de la simple pose de patch à la transformation d’un pull en robe. Il faut simplement savoir ce que l’on veut et trouver le bon tuto ! Les plus connus dans ce secteur sont Make my Lemonade, Fringe et Frange ou You Make Fashion.

 

2/ Eco-responsable

Une fois le ménage dans notre dressing fait, arrive le moment où on se pose la question du comment bien acheter, comment faire les bons choix et comment trouver le bon produit, celui que ne sera pas totalement usé dans un an. Et c’est aussi là que les choses se corsent niveau budget, car qui dit mode responsable dit matière durable et salaire décent, donc forcément, un prix plus élevé. Mais pas obligatoirement en fait.
Quand on sait que le simple tee-shirt blanc en coton se vend d’un côté chez H&M à 5€ et de l’autre chez la marque Yeezy (Kanye West) 80$, il y a matière à réfléchir quant au prix juste de la mode, au prix juste d’un produit. Car on est tous d’accord, 5€ ne permettent sûrement pas de rémunérer le fabriquant décemment, ni de choisir un tissu de qualité. Quant à 80$, on prie pour que la qualité soit là, et surtout on s’indigne sur la marge énorme faite par la marque. Comme pour tout, il s’agit d’un équilibre à trouver.

Cette question de la marge est un réel problème, qui indique un abus considérable auprès de son fabriquant ou de son consommateur.

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(issu du site We are Not)

Certaines marques comme par exemple We are Not, on fait le choix de produire des sacs à une qualité de luxe, c’est à dire avec un cuir, une fabrication et des finitions irréprochables, tout en appliquant des marges justes, pour toute la chaîne de conception. Résultat, leurs sacs qui pourront nous durer dix ans sont vendus à 190€, même sac que vous pourriez retrouver à 1000€ chez une marque connue. Je pense à ma maman qui à le même cartable depuis le début de sa carrière de prof, c’est à dire il y a 20 ans ! Je crois que pendant mes années collèges j’ai du changé au moins cinq fois de sac, car ils craquaient tous à chaque fois. C’est dire à quel point on ne se rend plus compte de ce qu’est vraiment la qualité d’un produit, nous qui sommes habitués aux faux cuirs, au polyester et au viscose.

Les matières, ce sont là un véritable problème et peut-être le coeur de la mode responsable. Car le choix de ses tissus lors de la fabrication est le point crucial de tout créateur, bien souvent guidé par une question de prix. Et en plus, ce n’est pas parce que l’on a de la super qualité a un prix très cher que la fabrication du tissu aura été éco-responsable et que ceux qui l’ont tissé auront été bien traité. C’est pour cela qu’il est important de tracer le tissu jusqu’à sa source pour le créateur, et pour nous de bien comprendre quelle matière est responsable et quelle autre ne l’est pas. Pour cela des labels existent comme le SKAL ou le GOTS et des organisations sont également là pour nous informer comme Éthique sur l’étiquette.

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(issu du site La Gentle Factory)

L’autre versant de l’éco-responsabilité est la fabrication, et le traitement de ceux qui fabriquent. On aura beau avoir le tissu le plus écologique qui soit, si les ouvriers sont maltraités lors de la fabrication de son vêtement alors la marque n’est pas plus éco-responsable que la branche d’H&M conscious, qui fabrique quand même en Chine. Pour les usines à l’étranger certains labels existent également comme le Fairtrade et pour ceux qui font le choix de travailler localement (ce qui déjà peut-être considéré comme une forme de responsabilité) certaines initiatives existent pour créer de l’emploi intelligemment. Je pense notamment aux filières de réinsertion à laquelle fait par exemple appel la marque de Sakina M’sa, qui oeuvre avec la filière TREVO, pour offrir une formation qualifiante à ces employés en réinsertion.

 

En conclusion de ce long, long article, je vous conseille vivement de jeter un coup d’oeil aux marques sélectionnées par le label Ethipop, et notamment celles présentes à leur weekend mode responsable le 1 et  2 octobre prochains. Vous pouvez également vous rendre à la jolie boutique Front de Mode de l’adorable Sakina au 42 rue Volta, qui propose une sélection de produits choisis pour leur éthique.

Et puis, de mon côté j’écris cet article non pas en tant que gourou incontestable de la mode responsable, prête à fouetter celui qui voudrait me contredire. Je suis comme tout le monde, j’ai principalement des marques de grandes distributions dans mon armoire et je ne trouve pas cela grave, ça n’est grave pour personne. J’essaye simplement d’effectuer une transition douce vers une garde-robe plus éthique car j’ai le sentiment que c’est la bonne chose à faire. Après, chacun est libre de s’y mettre ou non, cet article est simplement là pour vous y sensibiliser et surtout vous dire que ce n’est en aucun cas grave de craquer. Des fois un bon Mc Do fait bien plaisir après une soirée arrosée, comme trois tee-shirts à 5 balles chez H&M peuvent vous faire sentir bien après une dure journée de boulot. Je crois qu’on est d’accord !

À demain pour les trouvailles de la semaine. Je vous embrasse.

 

 

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